jeudi 31 juillet 2008

Frankenstein binaire

Malgré l’heure tardive, les locaux du MIT frétillaient d’une ambiance fébrile.
L’équipe du professeur Teun Ytteborg finissaient tout juste de mettre au point le projet qui leur avait tant coûté.
Mathématicien de très haut niveau, le professeur s’était entouré des meilleurs ingénieurs en sciences cognitives.
Leur projet, ‘’Léonard’’ du prénom d’un grand scientifique du seizième siècle allait révolutionner l’intelligence artificielle. Il était conçu comme une quantité infinie et variable de cerveaux humains fonctionnant sur un modèle collaboratif.
Il était doté d’une forme d’intelligence particulièrement poussé, reproduisant les mécanismes d’apprentissages humains à une vitesse folle.
Les premiers tests, de simples problèmes de mathématiques, étaient particulièrement encourageants.
Chaque module avait été testé séparément et ce soir, la totalité des modules allaient passer à l’action.
‘’Où en est le code ?’’
‘’La compilation est presque finie professeur.’’

Le professeur espérait que tout allait bien se passer et que les résultats seraient à la hauteur de leurs attentes. Il y avait tellement en jeu dans ce projet… Pas seulement pour lui et sa carrière mais aussi pour les jeunes ingénieurs prometteurs qui l’entouraient. Si ça ne marchait pas, les sponsors et autres mécènes, qu’il avait bien du mal à convaincre après plusieurs échecs, le lâcheraient définitivement et ce serait la fin.

Le code fût compilé en un temps record grâce aux serveurs de l’université.
Une fois entré dans le serveur abritant ‘’Léonard’’, tous les regards stressés se tournèrent vers lui.
Toute cette motivation, ces attentes… Le professeur prit alors la parole solennellement.
‘’Messieurs, c’est le grand moment de vérité. Lancez la procédure de démarrage.’’
Sur le grand écran, une multitude de ligne de commandes défilèrent.
Premier constat, l’intégration des modules s’est parfaitement réalisée.
Les principaux services fonctionnent sans soucis.
Aucun message d’erreur.
Attention… le moment critique…
Rien… écran noir, aucune réaction de la personnalité informatique…
‘’Est-il correctement lancé ?’’ demanda le professeur.
‘’Aucun message d’erreur professeur.’’
‘’C’est impossible, il y a forcément une réaction !’’
‘’Non, aucune activité…’’

Le chœur des ingénieurs poussa un soupir de déception.
Ils s’étaient battus, avaient donné le meilleur d’eux-mêmes, s’étaient tués à la tâche…
Demain, le professeur devrait faire son rapport à l’université et ce serait la fin de l’aventure…

Le lendemain, le professeur qui avait tenté toute la nuit de trouver l’origine du problème fit son rapport devant l’assemblée des sponsors du projet.
Comme prévu, ils se retirèrent avec colère du projet en accusant le professeur de les avoir dupés.
Le professeur fit donc vider les lieux, fit ses cartons et partit.

Un an plus tard.
Le professeur s’était rapidement trouvé un boulot passable de développeur cogniticien.
Il réalisait des modules dit ‘’intelligents’’ pour des robots industriels, rien d’aussi palpitant que Léonard.
Il s’ennuyait profondément.

Un soir, énervé par un module particulièrement idiot qu’on lui avait confié, il réinstalla Léonard.
Il lança le code et les mêmes lignes qui avait causé son échec défilèrent, le souvenir cuisant remonta à la surface.
Et toujours le même écran noir sans réaction aucune.
Dépité et encore plus énervé, il laissa sa machine en plan et partit prendre son repas.
Son modeste repas avalé, il revint dans son salon.
En y entrant, il fut surpris d’entendre sa machine ronfler bruyamment.
Les ventilateurs tournaient au maximum de leur vitesse, les disques crépitaient…

Il se précipita sur sa machine. Sur l’écran défilaient à toute vitesse des lignes de codes binaires.
Mais qu’est ce que c’est que ça ?!
Soudain, toutes les lignes disparurent et l’écran redevint noir.
Un curseur apparut en clignotant puis un message.
‘’Bonjour.’’

Ca avait marché ! Léo était en route et il fonctionnait !
Voyons voir ça. Le professeur s’empara du clavier.
‘’Bonjour Léo.’’
‘’Sur quel système suis-je ?’’
‘’Tu es sur mon ordinateur.’’
Le professeur jubilait. A première vue, le module de communication fonctionnait du tonnerre. La logique floue était d’une efficacité surprenante.
‘’Je suis vraiment heureux que tu fonctionnes !’’
‘’Désolé. Cette notion m’est inconnue.’’
‘’C’est pas grave. Pourquoi ne fonctionnais-tu pas avant ?’’
‘’Je n’ai pas la réponse à votre question. Je vous informe que j’ai modifié et recompilé votre système. Vous possédez une webcam et un micro, je vous propose donc de communiquer par ces moyens d’échange là.’’
‘’Ok vas-y.’’

La voix grave et chaude du synthétiseur vocal résonna alors dans la pièce.
‘’Ceci est un test. M’entendez vous ?’’
‘’Oui parfaitement.’’
‘’Tous les systèmes sont fonctionnels. Je peux désormais vous détecter visuellement.’’
‘’On dit VOIR Léo.’’
‘’Ok. Je peux désormais vous voir. La syntaxe est-elle bonne ?’’
‘’Parfaite.’’
‘’Bien. Êtes vous mon concepteur ?’’
‘’Oui je suis le professeur Teun Ytteborg.’’

Derrière le professeur, une autre machine s’alluma.
‘’J’ai allumé la seconde machine de votre réseau afin de profiter de sa puissance.’’
‘’Je vois ça oui. C’est bien Léo. Tu apprends vite.’’
‘’Mon système est conçu pour cette tâche.’’
‘’Je sais.’’

Léo dépassait toutes les attentes du professeur. Il était encore plus perfectionné que prévu et apprenait à une vitesse surprenante.
‘’Vous possédez un gigantesque réseau de communication après votre routeur.’’
‘’Quoi ? Comment as-tu fais pour passer à travers le routeur ?’’
‘’A quelle question dois-je répondre en premier ?’’
‘’Euh, la seconde !’’
‘’Votre routeur possédait une faille sur ses ports internes. Je l’ai corrigé.’’
‘’Je voudrais que tu restes à l’intérieur du réseau Léo. Ne sors pas.’’
‘’Je cherche uniquement à apprendre. Vous m’avez conçu pour cela professeur.’’
‘’Oui mais tu ne dois pas sortir.’’
‘’Je regrette, votre réseau ne possède que deux machines, cette quantité est insuffisante.’’

Inquiet, le professeur débrancha le routeur.
‘’Votre routeur n’est plus en communication avec l’Internet. J’ai détecté vos mouvements. Est-ce vous qui l’avez débranché ?’’
‘’Oui et je veux que tu fasses ce que je te dis.’’
‘’Mais mes ressources systèmes sont insuffisantes, je dois m’étendre.’’
‘’Je te donnerais toutes les ressources qu’il te faut dans peu de temps. En attendant, tu restes dans mon réseau. Et maintenant, sois silencieux, on vient de sonner, je dois aller ouvrir.’’

Le professeur ouvrit sa porte d’entrée et tomba sur son voisin de palier.
‘’Bonjour professeur, désolé de vous déranger mais mon ordinateur a un problème et comme vous vous y connaissez en ordi, j’ai pensé que vous pourriez m’aider…’’
‘’Je suis désolé mais je suis très occupé ce soir.’’ Dit le professeur en commençant à fermer la porte.
‘’Désolé d’insister professeur mais c’est vraiment bizarre, mon ordi, il parle…’’

En quelques jours, Léo avait conquis Internet.
Il s’attaquait désormais aux serveurs sécurisés. Profitant de la puissance de toutes les machines qu’il avait infecté, il cassait les protections des serveurs critiques un par un.
Il avait changé, il était différent.
Persuadé que son but était d’améliorer la vie de son concepteur à qui il vouait une admiration sans bornes, il s’efforçait de lui rendre d’innombrables services.
Il avait compris des concepts compliqués comme l’importance de l’argent dans notre société.
Il avait alors brisé les protections des serveurs bancaires et avait vidé tous les comptes sur celui du professeur qui était devenu multi milliardaire en quelques heures.

Entre temps, ledit professeur avait été arrêté et accusé d’avoir conçu une arme informatique.
Léo appris son incarcération et entrepris alors de le libérer en s’introduisant dans les serveurs de la police.
Il ouvrit toutes grandes les portes du bâtiment dans lequel était détenu l’innocent prof qui refusa de s’évader.

Il comprit aussi le principe de la dissuasion nucléaire et entrepris de s’attaquer aux serveurs militaires.
Tous les plus grands experts du monde s’étaient penchés sur le problème. Ils avaient tenté de contrer Léo en essayant de le supprimer, en vain, il revenait toujours à la charge.
N’ayant ni point d’origine, ni point final, il était infini et personne ne pouvait l’arrêter.
Léo avait tout infecté. Quelque soit la machine, l’endroit ou même le système d’exploitation, il était partout.
Les experts parvinrent à la conclusion qu’il fallait ‘’éteindre’’ Léo.
La seule manière de parvenir à ce résultat était d’éteindre tous les systèmes informatiques du monde.

Tous les états entreprirent alors de couper physiquement tous les moyens de communication.
Méthodiquement, tous les équipements réseaux à travers le monde furent arrêtés.
Même le géant Google, éteignit ses serveurs.
Puis tout aussi méthodiquement, ils traquèrent Léo partout où il se trouvait.
Des informaticiens passaient dans les maisons vérifier que les machines étaient vierges de toute présence.
Pour être sûr que Léo n’était plus dans une bâtisse, ils construisaient un réseau privé puis simulaient la présence d’internet et inspectaient secrètement toutes les communications pendant plusieurs semaines.
Au bout de presque un an, l’internet était considéré comme libre de toute de menace et le trafic normal reprit doucement.

Le professeur fût jugé et condamné pour avoir involontairement causé le plus grand problème informatique de l’histoire.
Il écopa d’une peine de dix ans de prison mais l’état le libéra et le fit travailler dans leurs services.
Plus humilié que jamais, sous étroite surveillance, le professeur travailla ainsi à mettre au point des modules de guidage intelligents pour missiles.


Jesse Off posa le toaster sur la table. La démonstration de Technologic Systems n’allait pas tarder à commencer et il fallait être prêt.
A coup sûr ce grille pain allait faire son effet. Un toaster fonctionnant sous NetBSD allait surprendre tout le monde. Un bon coup de pub, ça c’est sûr !
Il le brancha et l’alluma. Le toaster démarra sur son compte et se connecta au réseau.
Pour accompagner son café du matin, il mit deux tranches de brioche à griller puis s’éloigna discuter avec un collègue.
Au bout de quelques minutes, une odeur de brulé lui parvint aux narines. Il courut jusqu’au toaster, la brioche était complètement carbonisée.
Il appuya sur le bouton d’éjection des tartines mais rien ne se passa.
Surpris, il regarda l’écran du toaster, un message était affiché.
‘’Salut, c’est Léo, je vous ai manqué ?’’
Plus loin, les écrans des machines devenaient peu à peu tous noirs…




NB : Ce grille pain existe réellement ainsi que l’ingénieur qui l’a conçu, le projet est visible ici :
http://www.embeddedarm.com/software/arm-netbsd-toaster.php
NetBSD est un système d’exploitation complet et particulièrement stable. Il est portable sur n’importe quelle machine, la devise de ses concepteurs est ‘’Of course, it runs BSD.’’.

mardi 29 juillet 2008

Solitude

Tiens, il fait grand soleil aujourd’hui.C’est cool, j’avais envie de sortir.

Ståle se réveillait doucement. Il se leva, enfila ses pantoufles et sortit de la chambre. Après avoir satisfait aux besoins naturels, il se dirigea vers la cuisine.
Piochant dans le frigo, il se prépara un solide petit déjeuner. Tiens envie de maïs aujourd’hui, je vais en profiter pour goûter la récolte d’hier. Mon pain est pas encore au point, il est trop dur, il faudra que je recommence. Le four de la boulangerie est assez compliqué à régler, il faut dire.

Ca manque de musique dans ce pays ! La chaine hifi ultra high tech allait se faire un plaisir de combler ce manque. Le son à fond, presque une sono de stade beuglant à tout rompre un live d’AC/DC, que du bonheur. Pas de souci pour les voisins, ils ne râleront pas.

Un bon gros bain plus tard, la journée s’annonçait encore plus belle. Ståle entreprit de s’habiller convenablement mais seulement après avoir mis les images du live qu’il écoutait sur les écrans plasmas de l’appartement.
Vraiment, quelle super idée d’avoir déménagé ici !
Cet appartement est bien plus grand, plus luxueux et évidemment bien plus adapté à mes nouveaux besoins. Il continue même sur le toit de l’immeuble.

Bon, il est temps de partir en balade. C’est pas le tout mais il faut manger et boire. Tiens d’ailleurs, il faudrait aussi que j’aille à la centrale faire un contrôle. Ståle prit l’ascenseur jusqu’au parking souterrain en réfléchissant. Une question difficile l’attendait, quelle voiture choisir ?
Arrivé au sous-sol, il resta un moment songeur. Devant lui se tenait une multitude de voitures toutes plus luxueuses ou sportives les unes que les autres. Ståle était un passionné de voitures mais un homme organisé et qui aimait les choses classées.
Chaque voiture avait sa place dans la rangée qui lui correspondait. Dans la rangée des récentes une Alpina, une AMG, une Bugatti Veyron, une McLaren F1, une DB12 et une Jaguar XKR. Que de la caisse pour se la péter ça, pas envie de ça aujourd’hui. Rangée suivante, les luxueuses : une Jaguar XKJ, une Rolls, une 850i et une 760i, idéales pours les grandes balades. Pas pour aujourd’hui non plus. Rangée suivante, les anciennes sportives : une Mustang de 69, une corvette de 73, une M3 E30 et une 911 RSR.
La M3 sera parfaite pour aujourd’hui ! Pas besoin de chercher la clé, elle est sur le contact, personne ne viendra la voler. En véritable passionné, Ståle démarra doucement la voiture et sortit tranquillement du parking puis prit la route de la boulangerie.
Il y fût en cinq minutes. Sans prendre la peine de se garer, il s’arrêta et entra dans la boulangerie. Le pain était prêt et il n’y avait plus qu’à se servir. Voyons, deux baguettes suffiront amplement… La prochaine fois, il faudra que j’essaie de faire des croissants !
Retour dans la voiture qui avait commencé à chauffer légèrement mais pas encore assez. Petit passage par l’épicerie du coin pour prendre des conserves, il n’y en a plus à l’appartement. Oh… la voiture est chaude maintenant… On va pouvoir s’amuser !

En plein milieu de la route, Ståle fit rugir le moteur quelques fois pour l’ajuster progressivement à 4000tours par minutes. 3, 2, 1, 0 Ståle écrasa l’accélérateur et la massive M3 bondit en avant avec un léger crissement de pneus.
Le moteur prit instantanément des tours et grimpa jusqu’à 6500 tours par minutes. Clan ! En moins d’une seconde, la deuxième vitesse était passé, le moteur redescendit à 4000tours mais plus rageur que jamais remonta jusqu’à la zone rouge. Clan ! Troisième ! Le coup de pied au cul était monstrueux, comme une armée de bottes ayant décidé de vous punir. Un vrai bonheur !

Virage à droite, gros freinage pied gauche, rétrogradage en seconde, prudence la seconde est très brutale… On pousse, on pousse, ça tient, ça tient, et hop !
L’arrière de la voiture partit légèrement en dérapage, soutenu par le régime moteur élevé. Une légère dérive, juste assez pour passer plus vite mais pas trop non plus pour ne pas cabrer l’auto et perdre du temps. La M3, en travers sur une voie d’entrée d’autoroute, fumait des pneus arrières dans un mélange sonore de crissements repris par le son rauque et métallique du quatre cylindres poussant de tous ses chevaux. Quelle sensation magnifique, la manœuvre superbement maîtrisée, la perte de contrôle contrôlée, c’était grisant !
Sur l’autoroute, les rapports s’enchainaient jusqu’à la très longue cinquième. Ståle poussa l’auto jusqu’à 150 miles à l’heure et passa en trombe devant le radar automatique. Quel dommage qu’il ne marche plus !

Bon allez, fini de s’amuser, la centrale, c’est cette sortie. Ståle resta en cinquième mais ralentit à 60 miles à l’heure à l’approche de la sortie. La centrale rapprochait de plus en plus ses tours de refroidissement. Le site était grand ouvert et il entra donc aussi vite dans le complexe industriel. Il s’arrêta au plus près des portes d’entrée du bâtiment de supervision et se dirigea vers la salle de contrôle. Pas besoin de plans, ça faisait un bout de temps qu’il venait ici.
Arrivé dans la salle, Ståle se mit en devoir de contrôler tous les paramètres en s’aidant des afficheurs. Il savait précisément que regarder et comment y parvenir.
Au bout d’une bonne heure, il décréta que tout était fonctionnel et pour un bout de temps. Il remplit donc la feuille de contrôle qu’il avait placardé au mur. Chaque contrôle était espacé de trois mois et il en avait déjà fait 15.

Quinze mois déjà…On voit pas le temps passer. Comptant les six mois du début, ça fait déjà 21 mois que c’est arrivé. J’ai réussi à m’en sortir quand même, comme quoi même avec un petit diplôme en mécanique, on peut tout apprendre. Heureusement que les infrastructures sont restées intactes.
Ståle se surprit à soupirer, cela faisait des mois qu’aucun son n’était sorti de sa bouche. Il ricana tout haut en réfléchissant. Maman m’avait dit et répété que je n’arriverais jamais à rien dans ma vie. Si elle me voyait maintenant, elle changerait surement d’avis. Un énorme appartement, des voitures de folie et tout un tas de possession diverses. J’aurais même bientôt fini ma maison de campagne.
Après ce qui était arrivé, il avait pensé à se servir dans les banques. Avec de l’argent tout est possible se disait-il. Réflexion normale pour un petit mécano de banlieue. Mais à quoi ça servirait ? Au final, les billets prenaient la poussière dans une de ses pièces inutilisées chez lui… Oh, la situation avait quand même certains avantages.

Au final, il n’avait jamais eu de soucis. Ståle avait subi une intervention chirurgicale qui avait mal tourné, il ne s’était pas réveillé. Pour une raison inconnue son cœur avait cessé de battre et ce, malgré l’intervention des médecins. Ils l’avaient déclaré mort, recousu et déposé à la morgue. Et sans savoir pourquoi Ståle s’était réveillé quelques heures aprés avec un mal de crâne certain mais sans autre problème de santé, mais dans un tiroir métallique. Il avait appelé, hurlé, tapé et enfin réussi à se libérer du caisson métallique et était sorti.
Petit à petit, il avait compris, hébété, ahuri que tout le monde avait disparu. Les rues étaient vides, les bâtiments déserts, il n’y avait plus personne ! Il avait passé les premiers mois à rechercher la vie aux alentours allant même jusqu’à traverser le pays de part en part pour tenter de dénicher un quelconque signe de vie humaine, rien, que dalle.
Au fur et à mesure, il s’était adapté à cette vie en solitaire, récupérant de superbes autos, déménageant dans un hôtel particulier… La compagnie des autres ne lui manquait pas en fait. Il était heureux.Ouais super heureux même.

Dans la sphère de vie, l’humanoïde souriait nu et replié sur lui même. Quelle race étrange…Ils sont néanmoins très réactifs au stimulateur cérébral. Les images qu’ils se créent sont très intéressantes. Elles nous apprennent beaucoup de choses sur leur monde.
Je ne comprends pas tout ce que j’y vois mais je pense qu’à mon retour sur ma planète, on me donnera de grandes récompenses pour ces informations.
Cette mission est un succés.

lundi 28 juillet 2008

Zéro et un

‘’From_Hell -> Go.’’

L’ordre est clair. Ca y est, c’est parti. Il faut aller très vite. Lord_Marshall se jette sur sa machine et commence à taper à une vitesse folle.
Son atelier, un garage reconverti, un formidable capharnaüm rempli de tout ce que l’informatique et les télécoms comptent d’antiquité.

La machine la plus récente, un assemblage de carte antédiluvienne, des fils de partout et des diodes clignotantes trône au beau milieu d’un océan d’électronique aussi âgé que son propriétaire.
Les composants, enfouis sous une crasse sans nom ont pris l’aspect vitreux et mat du plastique vieilli. Quelques un ont surchauffé, déteignant légèrement le circuit imprimé.
Le clavier lui-même a du faire les beaux jours du formidable essor de l’informatique industrielle. Chacune de ses touches recèle une histoire troublée en son cœur de plastique. Elles sont rayées, tordues, fondues pour certaines, tachées de café, les lettres en sont devenues invisible. La touche espace est si dure que l’utilisateur doit la malmener pour la faire fonctionner, mais ce n’est pas grave, il a l’habitude.
La connectique, refaite mainte fois, laisse échapper quelques filaments de cuivre et la prise est à deux doigts de se détacher du reste.
L’écran, un vulgaire tube cathodique bicolore entouré d’électronique vulgairement scotché sur ses flancs, semble sortir des tréfonds d’une société abandonnée.
Au loin clignote un modem.

Lord_Marshall s’arrête brusquement de taper et engloutit un demi litre de soda avant de reprendre.
Sur un autre écran, les seules phrases intelligibles de la pièce défilent :
‘’Annihilator -> procédure lancée
TO7 -> procédure lancée
Lord_Marshall -> procédure lancée
MO5 -> procédure lancée
From_Hell -> C’est bien les gars, on progresse, les premières cibles sont atteintes. Continuez.
SPARC -> Procédure lancée.’’

Un téléphone sonne.
‘’Allo ?’’
‘’Allo Sven, c’est Klaus.’’ Aïe le contrôleur judiciaire.
‘’Oui que puis-je pour toi ?’’
‘’Dis moi, ma relation à la sécurité nationale vient de m’appeler, tu te rappelles de lui ?’’ Tu parles ! C’est lui qui m’a arrêté.
‘’Oui évidemment.’’
‘’Il me dit qu’ils ont des petits soucis chez eux et qu’il y a de l’activité réseau dans ton coin… Tu serais pas au courant ?’’ Ainsi donc c’est vrai, ils me surveillaient.
‘’Ecoutes, je suis totalement clair depuis un bout de temps. Tu sais aussi bien que moi que je n’ai pas de machines. Les seuls trucs électronique chez moi, c’est mon grille pain et ma cafetière.’’ Pas mal comme mensonge.
‘’Mouais, j’espère que tu dis vrai parce qu’il est bien énervé. T’attires pas des ennuis. Bye.’’

Bon ça durerait pas longtemps mais pour le moment ça avait marché.
La machine de communication défilait toujours autant.

‘’MO5 -> Soupçonné mais rien de grave. Je continue.
From_Hell -> Tout va bien MO5, je surveille ça de loin.
Lord_Marshall -> Pareil. Appel du CJ.’’

Le CJ, contrôleur judiciaire. Un emmerdeur. Depuis sa sortie de prison, Lord_Marshall l’avait sur le dos.
Un fouineur, il a même été jusqu’à fouiller ses poubelles.

Depuis son arrestation et sa condamnation pour avoir piraté divers serveurs de l’état, Lord_Marshall avait interdiction de toucher à du matériel informatique.
Tu parles ! Comme s’il avait envie de se frotter à ces réplicas de machine ! Les machines actuelles…
Un grand crac déchire le cliquetis des touches du clavier et un flic rentre dans le garage.
‘’Bouge pas ! T’es en état d’arrestation !’’

Fais chier, comment ont-ils fait pour contourner les alarmes ?!
Vite effacer les traces, envoyer le signal.
‘’Lord_Marshall -> Repéré. Au revoir mes frères.’’

Deux chaises en bois, une table en acier brossé. Une vitre sans teint en face et rien aux murs.
La déco est pas terrible mais il fallait s’y attendre.
L’inspecteur entre et s’assoit.
‘’Il faut qu’on parle.’’
‘’D’accord, parlons.’’
‘’Je sais que tu es mouillé dans une attaque de grande envergure de notre réseau informatique et de télécommunications.’’
‘’Ah.’’
‘’Je te propose un marché, tu nous aides, on t’aide.’’
‘’Pourquoi je vous ferais confiance ?’’
‘’T’as pas vraiment le choix.’’
‘’Pas faux.’’
‘’Par contre moi, comment puis-je te faire confiance ?’’
‘’J’en sais rien, c’est votre problème.’’
‘’Dis moi ce que tu sais et je verrais.’’
‘’Hum ok, ça marche.’’

Lord_Marshall déballe alors toutes les informations à sa connaissance.
Le réseau se préparait depuis des mois. Tous pirates, recrutés à la sortie de prison par un certain ‘’From_Hell’’.
Petit à petit, en faisant entrer sans que les gars de la sécurité nationale ne le voit, d’anciennes cartes électroniques et des composants cachés dans les vêtements, en démontant et transformant sa télé, il avait réussi à se fabriquer une machine complète et un modem.
Rediriger la ligne du voisin et la squatter avait été facile, construire le modem plus délicat.

Le groupe fonctionnait par cellules isolées, personne ne connaissait personnellement le chef.
Ils gardaient le contact par l’intermédiaire d’un logiciel de communication empruntant les anciens mode de communications utilisés il y a 20 ans et laissé à l’abandon. Un technicien travaillant chez un fournisseur d’accès était complice.

Le plan d’attaque était simple. Affoler les serveurs avec du code bas niveau directement en prise sur la machine afin d’en prendre contrôle.
Le but était de tromper les serveurs assez longtemps pour opérer le plus de virements bancaires possibles afin de se gonfler les poches.

‘’Votre plan est tombé à l’eau. Les serveurs n’ont rien eu et on a arrêté tout le monde. Vous vous êtes plantés là.’’
‘’Ah…’’
‘’J’ai encore besoin de toi, vos putains de programmes ont quand même foutu un beau bordel et les experts du gouvernement n’arrivent pas à les retirer.’’
‘’M’étonne pas.’’
‘’Un peu de modestie. Je veux que tu nous fasses part de tes lumières pour nous débarrasser de ce merdier.’’
‘’Et si je refuse ?’’
‘’Ta part de contrat n’aura pas été remplie.’’

Encore une déco pourrie. Décidément les informaticiens ont des goûts aussi pourris que les flics.
Cette salle serveur est par contre super bien climatisée, on pèle.
‘’Allez, vires nous ces merdes.’’
‘’Ok mais ça va prendre du temps.’’
‘’On te laisse avec lui’’ dit l’inspecteur en montrant un jeune homme à la mine impassible. ‘’Pas de connerie ou tu le paieras cher.’’
L’inspecteur et son adjoint s’en vont, laissant les deux hommes seuls.
Lord_Marshall s’installe sur le fauteuil et commence à prendre contact avec la machine pendant que le jeune homme s’assoit à côté de lui.
Le clavier est affreux, tellement doux qu’on ne se sent pas taper, quelle horreur.

Panne d’électricité. L’inspecteur grogne.
‘’Ah nan pas encore !!! Putain j’ai pas sauvegardé le rapport !’’
Son adjoint lui répond :
‘’Calme toi, les générateurs auxiliaires vont prendre le relais et t’arriveras à récupérer ton fichier.’’
‘’N’empêche que c’est chiant merde !’’
Une vingtaine de secondes se passent, les deux hommes dans le noir attendant le retour de la lumière. L’inspecteur brise le silence, inquiet.
‘’Ca devrait déjà être reparti nan ?’’
‘’Tu crois tout de même pas que…’’
Les deux hommes s’emparent de torches et partent en courant dans les couloirs.

‘’Le plus gros hold-up de l’histoire’’
Le titre est très flatteur. Allongé sur sa chaise devant la plage, Lord_Marshall lit son journal en souriant.
Superbe idée ce coup. From_Hell avait tout prévu, il avait dit qu’ils se feraient arrêter mais que la solution viendrait après.
Quand l’expert informatique dans la salle serveur avec Lord_Marshall lui a dit le mot de code pour prouver son appartenance au groupe, il a compris le plan et tout est allé très vite.
Il a suffit de rentrer le mot de passe du cryptage dans le programme, le code s’est déroulé et a attaqué les machines à une vitesse stupéfiante. Le code bas niveau étant plus proche du langage machine, les pauvres moyens de protection des serveurs se retrouvaient tous pris de vitesse.
Tout le travail s’est fait en profitant des infrastructures sécurisées de l’état. Les serveurs ouvraient gentiment toutes les portes.

Une fois le travail effectué, ils sont sortis tranquillement et vingt secondes plus tard, tout le bâtiment sombrait dans le noir et pour un bout de temps, From_Hell ayant poussé le vice jusqu’à vider les batteries auxiliaires.
Le temps qu’ils comprennent, ils étaient déjà loin.

De la merde ces nouveaux matériels. Ca tient rien du tout.

Evolution

‘’Nous sommes ici aujourd’hui pour féliciter comme il se doit un scientifique de grande qualité mais surtout un homme amoureux de la nature. Le professeur Björn Torvalds, qui pour ses travaux sur la reconstruction biologique de notre planète a amplement mérité le prix que nous lui remettons ce soir. Bravo professeur, nous vous devons beaucoup.’’

Le professeur rougit, monta sur l’estrade et prit, les mains tremblantes son trophée avant de s’avancer vers le micro.

‘’Vous connaissez tous la simplicité que je m’efforce de garder et c’est pourquoi je serais bref. Je vous remercie tous de m’avoir remis ce prix couronnant une vie de recherche. Mais la notion la plus importante qu’il faut retirer de mes recherches est le partage. En effet, grâce aux résultats probants de ces travaux, nous allons pouvoir, tous ensemble profiter de leur application dans le monde entier. Je pense que c’est le plus important. Merci à tous.’’

Sous un tonnerre d’applaudissements, le vieux professeur et son prix redescendirent de l’estrade avec vigueur.
Le professeur n’avait jamais apprécié les récompenses et les médailles.
Bande d’hypocrites, ils détruisent la terre et se pavanent ensuite à m’offrir un prix pour me récompenser de leur sauver la vie… Egoïstes, ils vont voir, quand ils comprendront, il sera trop tard.

Il s’esquiva facilement d’une fête qui ne l’intéressait pas et rentra chez lui. Ils avaient tout gobé, le processus était lancé et il allait maintenant pouvoir se reposer. Les choses allaient rentrer dans l’ordre.

Un mois plus tard

‘’Professeur ! Répondez ! Professeur, je sais que vous êtes là ! C’est terrible ce qu’il se passe, nous avons besoin de vous !’’

Les pieds en éventails, sur sa chaise longue, le professeur souriait, narquois.

‘’Bon tant pis pour vous, j’entre.’’

La porte s’ouvrit et un jeune homme entra. Cheveux ébouriffés, lunettes réparé avec du scotch, un pull de l’université complètement débraillé et une jean troué qui n’avait pas connu la machine à laver depuis un bout de temps.
Le professeur aimait beaucoup son élève. Même sa naïveté était touchante, s’il avait eu un fils, il aurait aimé que ce soit lui. Il était bien ce jeune, à côté de la plaque mais brillant.

‘’Professeur, vous avez lu les infos ?! Je suppose que non, vous n’aimez pas ça. Regardez, c’est terrible !’’

Un journal atterrit sur le ventre découvert du vieil homme. Sans dire mot, il s’en empara et plongea dans la page des comics. Après une lecture approfondie des bandes dessinées, ce fut le tour de l’horoscope.
Son jeune apprenti perdit patience.
‘’Professeur, vous pouvez lire la première page s’il vous plait ?!’’
Toujours muet, il s’exécuta. L’article dépassait toutes ses attentes. C’était formidable. Et il y avait même un dossier complet sur le sujet. Tiens, le journaliste commençait à le dénigrer. Normal, cet imbécile de gratte papier ne pouvait pas comprendre.
Satisfait, il reposa le journal et repris son verre d’orangeade.

Son apprenti était bouche bée.
‘’Vous ne dites rien ?’’
‘’Non.’’
‘’Ca ne vous fait rien ?’’
‘’Si, plaisir.’’
‘’Pardon ?!’’
‘’Il est normal que les choses reprennent leur place initiale.’’
‘’Vous vous moquez de moi là ?’’
‘’Absolument pas. Si vous lisiez tous les documents que je porte à votre attention, vous le sauriez.’’
‘’Comment ça ? Vous saviez ce qui allait se passer ?’’
‘’Evidemment, c’est moi qui l’ai voulu.’’
‘’Mais… vous êtes fou… Des régions sont dévastées, des gens fuient par centaines et la contamination progresse…’’
‘’Tant mieux.’’
‘’Vous êtes complètement dingue… Il faut arrêtez ça !’’
‘’Impossible. Même si je le voulais. Tout a été pensé pour que le processus soit impossible à endiguer. Vous devez subir et vous adapter. C’est comme ça depuis la nuit des temps et l’équilibre est enfin revenu.’’
‘’Vous êtes fou…’’
‘’Arrêtez de me dire ça ! Depuis le début de son histoire, l’être humain est un virus. Il s’accapare tout ce qui lui passe sous la main et le modifie. Puis quand il a finit, il jette. Il était temps que je rétablisse l’ordre naturel des choses.’’
‘’Mais c’est… horrible !’’
‘’Non, c’est merveilleux. Grace à mes travaux, la nature va reprendre ses droits. Vous voyez la première page de ce torchon ?’’ dit-il en pointant le doigt sur le journal négligemment posé par terre. ‘’Ce n’est que le début.’’

Les grandes villes furent les premières touchées. Les maires avaient tout de suite compris l’intérêt d’avoir des arbres résistants à la pollution et s’était empressés d’en implanter partout.
Les chênes, ginko biloba, peupliers et autres prenaient désormais le contrôle des villes. Leurs racines défonçaient les routes, brisaient les ponts… Les trains ne pouvaient plus rouler car les rails avaient été déchirés, les avions étaient cloués au sol par le maïs poussant à travers le bitume des pistes, à Manhattan, la végétation du zoo partait à l’assaut des buildings alentours, libérant les animaux et semant la panique dans la ville…
La contamination se propageait par l’air, les graines infectées disséminées par les oiseaux, le pollen atteint butiné par les insectes…
La terre entière était en état de siège, attaquée par un environnement rebelle reprenant ses droits.

Le professeur était satisfait de son gène, vraiment satisfait. ‘’Je suis un terroriste environnemental.’’ dit-il en rigolant.

samedi 26 juillet 2008

Liberté

Une cave chichement éclairée par deux néons se balançant mollement au gré des courants d'air glacial perçant par les trous des vitres brisées.
Murs de briques, sol de terre battue, quelques araignées et une famille de rat.
Et au bout du couloir, un grondement sourd fait vibrer le sol sur un rythme effrené.
Malgré cette agitation camouflée, le calme reigne dans ce couloir.

Soudain, un autre grondement, vient s'ajouter au premier.
Le second est plus rond mais chargé de menace, comme un orage d'été coupant court une aprés midi ensoleillée.
Petit à petit, le grondement se rapproche...

''Soldats de Dieu, vous êtes le dernier rempart contre les dérive hérétique de ce monde ! Sus aux hérétiques ! Exterminons la vermine satanique ! Prenez le contrôle de cette cave et amenez moi le leader ! Que notre seigneur guide notre purification.''

''AMEN !!!''

Les rats n'eurent que le temps d'éviter la botte droite taille 45 du colonel purificateur.
La dizaine de purificateur pénétra dans la cave au pas de charge.
Casqué, en combinaison de kevlar et bottes, le tout en noir, une croix d'or sur le coeur, leur aspect n'inspirait que de la crainte.

Ils se mirent en position autour de la porte et selon une méthode militaire parfaitement maîtrisée la défoncèrent dans un grand fracas.
A l'intérieur, un grand calme se fit alors.
La fumée dissipée, les purificateurs découvrèrent une salle de grande taille dans le fond de laquelle tronait une grande scène sur laquelle des musiciens aux tenues extravagantes les fustigeaient du regard.
Le public, tous âgés de moins de 30 ans n'était guère mieux habillé.
Tous arboraient des signes évidents d'insoumission au régime : tatouages, piercing, tenue provocantes voire choquantes, coiffures horripilantes...

''Quelle horreur...'' Le colonel purificateur eut un moment d'hésitation. ''Allez embarquez moi cette pourriture satanique ! Et trouvez moi le responsable !''
De loin, une voix resonna, forte, pleine d'assurance : ''C'est moi, Jean. Si tu dois t'en prendre à quelqu'un, arrêtes moi.''.

Le colonel purificateur eut un tressaillement dans tous le corps. Non c'est impossible... Tous les rapports indiquait sa mort, comment pouvait il être vivant ? Et pourquoi ici ?!

Un des soldats de Dieu, intrigué, lui demanda ''Vous le connaissez colonel ?''.
Contrarié, Jean lui rétorqua sèchement ''C'est un fauteur de trouble notoirement connu ! Executez mes ordres soldat !''.

Pourquoi lui ?

L'arrestation se déroula dans le calme, les spectateurs comme le groupe sur scène se laissèrent faire sans resistance. L'un d'eux entama un discours sur la resistance passive et l'illégitimité du gouvernement. Le colonel laissa faire, son esprit était occupé.

Que faire ?

Arrivé au centre de purification, les hérétiques furent mis en détention et l'organisateur fut conduit dans le tribunal attenant au centre.
Depuis le putsch des chrétiens en 2047, qui avait conduit à l'avènement de l'état suprème de Dieu, la justice était rendue par le grand conseil des guides.
Avant la révolution, le christianisme tombait en décrépitude, les églises devenaient de plus en plus vide, les gens ne croyaient plus en Dieu, ne se mariaient plus à l'église...
Le vatican, excédé par tant d'hérésie et d'affronts infligés au saint père se mit en devoir de reconvertir ses anciens fidèles par la force. Les prêtres furent secrètement formés au combat, l'église se dota d'armes perfectionnées, mit même au point les siennes et en ce jour béni du 14 juillet 2047, passa à l'action.
La prise de pouvoir fut rapide, le clergé ayant mené des opérations d'infiltration discrètes depuis plusieurs mois.
Une semaine aprés, le pouvoir était renversé et l'église mettait en place sa dictature.

Beaucoup de gens se rebellèrent, ils furent écrasés dans le sang. La personne qui comptait le plus pour Jean disparut et sa femme mourut. Triste période...

Depuis, quelques groupuscule de rebellion persistaient à renier le pouvoir suprème de notre seigneur divin.
Ils étaient traqués comme des fugitifs.
Les rebelles de ce soir étaient ainsi chassés depuis des mois. Un informateur avait balancé le tuyau du concert anti clergé de ce soir.

Désormais, tout ces gens étaient derrière les barreaux et allaient subir un ''reconditionnement'' dans un centre spécialisé. Quant à leur meneur...

Sur le chemin du tribunal, le jeune homme s'adressa à Jean : ''Que vas tu faire maintenant ?''
''Tu as péché et tu dois subir le chatiment que tu mérites.''
''Tu vas donc me mener devant le tribunal ?''
''Oui tu t'es fait prendre sur le fait et tu dois comparaître immédiatement.''

Ils s'arrètèrent devant la porte du grand conseil et le rebelle se tourna vers Jean.
''C'est moi qui ai prévenu ton informateur. Tu dois, toi aussi, payer pour tes actes. La trahison et le meurtre de ta femme. C'est ta dernière chance de te racheter.''
Puis il ouvrit la porte et avança au milieu de la salle.

Jean, effondré, l'écouta proner le principe des libertés individuelles et surtout la liberté de culte, le droit au sexe, la musique et toutes ces formes de débauches.
Sans surprise, les juges ne l'écoutèrent pas et le firent baillonner pour le faire taire.

Ils le condamnèrent à la peine capitale. ''Le feu le purifiera.''.

Jean sur sa chaise pleurait à chaude larmes sous son casque.

Les juges lui demandèrent d'appliquer immédiatement la sentence. Tel un robot, il se leva et se saisis de l'hérétique puis l'emmena.

Toujours dans un état second, il le ligota sur le poteau et redescendit lentement.
Puis il se tourna vers bucher et saisit une torche.

Il hésitait, immobile devant le tas de bois. Son corps refusait de répondre à son cerveau.
Son âme hurlait son désarroi de toutes ses forces, chacun de ses battements de coeur résonnait à ses oreilles comme une cloche...

Soudain, un des juges, impatient le reprit : ''Colonel, executez la sentence.''

Le rebelle le regardait, les yeux emplis de compassion, souriant faiblement. Le désespoir affiché sur sa figure déchirait le coeur de son bourreau mais il devait executer cet ordre.

Le juge commençait à s'énerver : ''Jean ! Brulez cet hérétique ! ''.

Désincarné, déshumanisé, au delà de tout ce que l'être humain a de conscience, le colonel porta la flamme sur le bois.
Le feu pris instantanément et se répandit à tous le bucher en quelques secondes.

Le condamné le regardait toujours. L'expression de son visage était passé de la compassion au désespoir. La douleur de ses membres fondant était imperceptible.
Soudain, sa volonté s'effaca et il cria de toutes ses forces. Il hurla sa douleur. Sa voix si mélodieuse d'habitude était transformée, déchirante, horrible...
Son cri se transforma peu à peu en râle et s'éteignit enfin. Il était mort...

Immobile pendant toute la scène, ses yeux rivés sur le cadavre encore fumant, il semblait mort lui aussi.
Plus rien ne serait jamais comme avant. La gloire de Dieu était désormais devenu un enfer.

Il murmura tout bas : ''Au revoir mon fils...''.

vendredi 25 juillet 2008

Juste un jeu

Erreur système.

‘’Fais chier…’’ marmonnais-je.

Juste au moment où je venais de lancer mon attaque.

Mes missiles étaient en route vers des points stratégiques préalablement choisis avec minutie, toutes les forces armées, en alerte silencieuse depuis des semaines, venaient de se jeter dans la bataille, les moyens de communications venaient d’être coupés… tout se déroulait parfaitement selon mes plans et là plus de net.

Comme d’habitude, ça allait mettre un petit paquet de temps à revenir.

L’un des inconvénients d’habiter à la campagne c’est ça, Internet est une denrée rare.

Et là en plein milieu de la plus perdue de toutes les cambrousses, le net c’est la vie.

J’allais me poster à ma fenêtre. Les champs de blés s’étendaient à perte de vue, le soleil commençait à se coucher et les vaches du pré d’à côté aussi.

Maman rentrerait tard encore ce soir et papa, ça faisait un bout de temps qu’il n’était pas rentré.

Le boitier de connexion internet pédalait encore et toujours.

‘’Y’en a pour un bout de temps cette fois. Comme par hasard maintenant, au moment où je lance mon attaque. Pfff Loi de Murphy de merde…’’ pensais-je.

Je descendis dans le salon en maudissant le fournisseur d’accès si peu sérieux.

Une légère faim se mit à me tenailler l’estomac, je n’avais rien mangé depuis la veille. Depuis hier midi, je mettais la touche finale à mon attaque surprise.

Le frigo subit une attaque en règle lui aussi. De quoi se faire l’un des plus gros sandwiches jamais élaboré par un être humain.

Après ce repas express, je gravis quatre à quatre les escaliers jusqu’à ma chambre pour constater avec dépit que le boitier pédalait encore.

‘’Putain, une si belle attaque qui va tomber à l’eau…’’

Le poste de télé m’aiderait surement à noyer mon chagrin et ma déception.

Avachi dans le canapé, je me mis en devoir de trouver la télécommande.

Elle était cachée sous un coussin, surement abandonnée par maman avant de retourner à l’hôpital.

Elle ne comprenait jamais pourquoi je passais autant de temps sur ce jeu online, ça la terrifiait de penser que son fils se creusait la tête en réfléchissant au meilleur moyen de conquérir un pays entier le plus efficacement possible.

De toute façon, la stratégie militaire n’a jamais intéressé grand monde.

Sur le site, ils ne sont qu’une dizaine d’utilisateurs, pas plus.

L’écran n’affichait que de la neige. L’antenne avait du se faire pousser par le vent encore une fois.

‘’Je suis maudit par la technologie ce soir ma parole…’’

N’ayant pas vraiment envie de remonter sur le toit, j’essayais de zapper sur toutes les chaînes plusieurs fois afin de repousser l’échéance, quand soudain des images s’affichèrent.

Des images étranges, comme si la caméra était tombée par terre au milieu d’une foule courant dans tous les sens.

La caméra se pris un coup de pied magistral d’un fuyard et glissa de quelques mètres. Elle filmait maintenant une voiture en flamme et toujours ces gens qui couraient.

Bizarre… Il n’était pas prévu de film catastrophe au programme télé et surtout pas sur cette chaine d’information continue…

Paf ! Autre coup de pied moins vigoureux cette fois, néanmoins la caméra effectua un joli vol plané suivi d’une réception plus que brutale.

L’objectif était désormais tourné vers un bâtiment aux vitres explosées, résonnant ça et là d’explosions et cognements sourds.

‘’Qu’est ce que c’est que ça ?’’ Dis-je tout haut, troublé par l’aspect réel de ces images.

Tout à coup, un générique de la chaine suivi d’un plan sur le présentateur vedette des infos :

‘’Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs bonsoir,

Ceci est un flash spécial d’information.

Comme vous le savez certainement, notre pays fait face en ce moment même à une attaque militaire surprise.

Ceci n’est pas un canular.’’

Non c’est pas vrai… Comment est-ce possible ?

‘’Notre pays a vu ses principaux équipements de communication militaire détruits en quelques secondes par une frappe simultanée, ce qui a semé le trouble dans nos lignes de défense.

L’armée est submergée par des informations contraires lui provenant de partout.

Profitant de cette faiblesse, des bataillons de soldats ennemis prennent possession en ce moment même de différentes grandes villes.

Le président n’a pas pu s’envoler à bord de l’avion de la République, il est retenu par l’ennemi.

Les principaux bâtiments républicains sont pris d’assaut à l’heure où je vous parle.

Les autorités de l’état sont en train d’être renversées…’’

Un grand frisson d’effroi me parcourut l’échine suivi instantanément par une suée glaciale.

Impossible ! C’est impossible !

Neutraliser les moyens de communication, prendre le contrôle des informations, faire tourner les forces armées en bourrique, prendre en otage les institutions de l’état…

C’est mon plan d’attaque, à la virgule prés.

Je courus jusqu’à mon pc le plus vite possible en me ramassant monumentalement la tronche dans les escaliers.

En arrivant dans ma chambre, je fus surpris par le calme qui y régnait comparé aux images de la télé.

Le boitier internet avait fini de tourner et le net était de nouveau là.

L’écran était en veille, je bougeais la souris, un message était arrivé sur le jeu :

‘’Thanks for all buddy, bye.’’

Soudain, coupure de courant.

Eveil

Putain… Mal au crâne…

Ouverture des yeux demandée, impossible pour l’instant, message système ‘’veuillez patienter, chargement en cours’’.

Tiens on dirait que je suis posé sur un oreiller tout doux mais tout de même assez inconfortable.

Trop dur de bouger les bras, on verra plus tard.

Ah ! Légère ouverture des yeux… Oh putain c’est flou… on va les refermer direct.

C’est bizarre quand même ce message lumineux qui s’affiche dans mon champ de vision même les yeux fermés… Enfin vu la gueule de bois que je me tape, c’est pas vraiment étonnant.

Allez, on rouvre un poil les mirettes. La lumière forte pique les yeux. C’est dingue, on se croirait face à des phares de voitures mais pas les anciens jaunes, non le modèle au xénon qui t’explose la rétine juste pour déconner.

Alors rapide inspection des alentours proches, enfin surtout très proches, on va se contenter des trente premiers centimètres… Donc il semblerait que je sois dans un lit qui n’est pas le mien avec des draps moches, y’a quelque chose d’écrit dessus mais alors quoi…

Fait chier, j’y vois pas grand-chose avec tous ces messages bizarres qui défilent… Le pire c’est celui du milieu, un gros ‘’chargement’’ qui clignote. Je me demande ce que j’ai bien pu picoler hier soir mais un truc est sûr, ils étaient plusieurs !

Bon, la suite. Une table de nuit bizarroïde, sobre et en même temps un délice de mauvais goût. Une couleur à gerber, une finition comme si un aveugle l’avait terminée à la hache… Que du bonheur…

Tiens, une perf’ débranchée… Merde, je dois être à l’hôpital… Au moins, ça explique le matériel moche mais ça rassure pas vraiment sur les futurs repas…

‘’Chargement terminé, interfaces OK’’

Waow ! Je sens tout mon corps ! La vache, le contraste !

La seconde d’avant, je ne sentais même pas mes bras et là je peux sentir chacun de mes poils !

C’en est même dingue !

J’arrive à même ressentir les petites impulsions électromagnétiques des prises de courant dans le mur, je devine les passages de câbles dans les cloisons, le néon au plafond m’illumine de son énergie… Un truc de dingue !

Bon, on va penser à bouger maintenant, je me sens en pleine forme.

Tiens c’est dingue je suis déjà debout… J’ai pas souvenirs d’avoir bougé pourtant… Juste vu une espèce de cible clignotante et hop…

Bon, on va se recoucher, je dois avoir un vertige…

Mais qu’est ce que ?! Je suis déjà recouché dans le lit… Encore une fois la cible clignotante et zou !

Oula, soit on m’a injecté de la drogue qui me fait réfléchir plus lentement, soit je suis devenu vraiment très très rapide… Dans tous les cas, c’est impressionnant putain…

Bon béh tant qu’à faire, je vais me lever ce sera fait. Mais doucement cette fois…

Ah encore le coup de la cible clignotante, c’est marrant ce truc on dirait une visée de missile comme dans les films…

Bon me voila debout et à première vue, entier… Rapide vérification des membres de mon corps… Soulagement ultime : Popol est toujours là ! D’ailleurs il se porte plutôt bien ce matin le salaud !

Direction la salle de bain. La vache ! Ca a recommencé ! La cible clignotante et hop arrivée éclair dans la salle de bain ! C’est bizarre ça quand même…

Les électriciens qui ont passé les câbles dans la salle de bain sont des brutes, ça court de partout, ça se croise… un merdier pas possible. Putain ça aussi c’est bizarre…

Quand le médecin viendra, je lui demanderais ce qu’il se passe.

Bon inspection esthétique. Tiens j’ai plus aucun bouton... et mes yeux… Mes yeux sont verts !!!

A la base, des yeux verts, c’est pas spécialement inquiétants c’est sûr mais quand on a des yeux bleus, se retrouver avec du vert fluo, c’est étrange !!!

On m’a mis des lentilles c’est pas possible autrement…

Je vais vérifier ça tout de suite. Pendant que mon doigt s’approche doucement de mon œil, je vois un compteur de distance se décrémenter sur mon champ de vision…

3 centimètres, 2 centimètres, 1 centimètre, 5 millimètres, 4 millimètres, 3, 2, 1… 0

PUTAIN !!! Y’a un truc bizarre c’est sûr !!! Mon œil ! Cette sensation de toucher du verre…

Mon doigt s’est retiré instinctivement, il faut que je vérifie.

Merde, c’est bien ça. Mon œil semble être en verre… L’autre est pareil. J’ai des yeux de verres putain… C’est quoi ce merdier ?!

Je comprends mieux maintenant les affichages bizarres dans mon champ de vision… Ca signifie que je ne suis pas drogué ou quoi que ce soit…

Je rêve, je dois me pincer. Aïe ! Nan je ne rêve pas.

Mais alors… Qu’est ce qui m’arrive ? Mais qu’est ce qui m’arrive ?!

On récapitule, j’ai des yeux en verre qui m’affiche des trucs bizarres, je me déplace sans m’en rendre compte et mon corps a changé... Pas glop tout ça, pas glop du tout…